
Freelance ou société à Maurice : quel statut choisir selon son projet
Self-employed à 50 000 USD ou société via permis investisseur à 100 000 USD : le choix dépend du projet, pas du montant.
S’installer à Maurice avec un projet professionnel oblige à choisir entre deux permis très différents : le statut self-employed, qui suppose un investissement initial de 50 000 USD, ou le permis investisseur adossé à une société, qui en exige 100 000. Mais la question n’est pas seulement une affaire de montant : elle porte sur la nature du projet, sur qui facture quoi, et sur la fiscalité qui s’applique ensuite aux revenus générés.
La question qui compte n’est pas laquelle des deux options est la meilleure
Comparer 50 000 et 100 000 USD donne l’impression que le choix se résume à un budget. En réalité, les deux statuts répondent à deux logiques distinctes. Le self-employed facture en son nom propre, seul, dans le secteur des services, avec un plafond implicite d’activité. La société ouverte à Maurice permet d’embaucher, de facturer sous une raison sociale, d’accéder au régime fiscal des entreprises et, éventuellement, d’exporter des services depuis Maurice vers l’étranger. Le bon critère de départ n’est donc pas le montant disponible, mais la réponse à une question simple : le projet a-t-il vocation à rester une activité individuelle, ou à devenir une structure qui embauche et qui dure au-delà de la présence physique du porteur de projet ?
Le statut self-employed : ce qu’exige réellement le permis
Le permis self-employed s’adresse à un non-citoyen enregistré auprès du Registrar of Businesses ou opérant comme société unipersonnelle, dans le secteur des services uniquement. Les conditions sont précises : un investissement initial de 50 000 USD ou son équivalent en devise librement convertible, un relevé bancaire certifié prouvant l’origine des fonds, et un engagement écrit à transférer cette somme sur un compte mauricien dans les 60 jours suivant la délivrance du permis. Le dossier doit aussi comporter trois lettres d’intention, dont deux émanant de clients locaux potentiels : le self-employed n’est donc pas conçu uniquement pour facturer des clients étrangers depuis Maurice.
Le permis est délivré pour dix ans. Il impose un chiffre d’affaires minimum de 2 millions de roupies à partir de la troisième année, porté à 3 millions à partir de la cinquième année pour le renouvellement. Le titulaire peut employer une seule personne, à un poste administratif local. Les frais sont de 1 000 USD de frais de permis plus 50 USD de frais de dossier non remboursables. Le détail des pièces à réunir avant de déposer un dossier est traité dans notre guide sur le permis self-employed, et la méthode pour ordonner les démarches personnelles autour de ce permis dans s’installer comme freelance à Maurice.
La société et le permis investisseur : un palier au-dessus
Créer une société à Maurice n’ouvre pas, à elle seule, un droit de résidence : il faut, pour en vivre sur place, un permis investisseur. Depuis les annonces du dernier budget national, ce permis exige un investissement minimum de 100 000 USD, contre un seuil inférieur auparavant. La société doit ensuite générer un chiffre d’affaires d’au moins 5 millions de roupies à partir de la troisième année, et 8 millions à partir de la cinquième année pour conserver le permis, que l’EDB réexamine à ce stade. Comme pour le self-employed, le permis est accordé pour une durée pouvant aller jusqu’à dix ans, moyennant les frais de 1 000 USD et 50 USD de dossier.
Le principal avantage n’est pas le permis lui-même, mais ce qu’il permet une fois la société en place : embaucher sans le plafond d’un seul salarié, structurer un actionnariat, et, pour une société exportatrice de biens, accéder à un taux d’imposition réduit. C’est aussi la structure qui permet d’acheter un bien immobilier au nom de l’entreprise plutôt qu’en nom propre, une option détaillée dans acheter un bien à Maurice via sa société.
Ce que chaque statut change sur l’impôt
Un self-employed est imposé comme un particulier. Pour l’année d’imposition du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, le barème applique 0 % sur les premiers 500 000 roupies de revenu imposable, 10 % sur les 500 000 roupies suivantes, puis 20 % au-delà. Une Fair Share Contribution de 15 % s’ajoute sur la part du revenu qui dépasse 12 millions de roupies par an, pour cette année d’imposition et les deux suivantes.
Une société est imposée séparément de son dirigeant, au taux standard de 15 % sur son bénéfice, ramené à 3 % pour une société dont l’activité consiste à exporter des biens. Certaines catégories de revenus, comme les dividendes ou intérêts étrangers perçus par une société répondant à des conditions de substance à Maurice, peuvent bénéficier d’une exonération partielle de 80 %, voire 95 % dans certains cas. Le dirigeant qui se verse ensuite un salaire ou des dividendes reste soumis, à titre personnel, au barème de l’impôt sur le revenu décrit plus haut. Les mécanismes de cotisations qui s’appliquent en plus, selon qu’on facture en nom propre ou via une société, sont détaillés dans cotisations sociales à Maurice selon le statut.
Sur un point, les deux statuts sont alignés : l’immatriculation à la TVA devient obligatoire dès qu’un chiffre d’affaires taxable dépasse ou risque de dépasser 3 millions de roupies par an, une règle entrée en vigueur le 1er octobre 2025 et qui s’applique à toute personne en activité, indépendamment de la forme juridique choisie.
Self-employed ou société : le comparatif chiffré
| Critère | Self-employed | Société + permis investisseur |
|---|---|---|
| Investissement initial requis | 50 000 USD, transférés à Maurice sous 60 jours | 100 000 USD minimum |
| Durée du permis | 10 ans | jusqu’à 10 ans, réexamen en année 5 |
| Chiffre d’affaires minimum, année 3 | 2 millions MUR | 5 millions MUR |
| Seuil de renouvellement, année 5 | 3 millions MUR | 8 millions MUR |
| Salariés autorisés au titre du permis | 1 poste administratif local | pas de plafond propre à ce permis |
| Frais de permis | 1 000 USD + 50 USD de dossier | 1 000 USD + 50 USD de dossier |
| Imposition des revenus de l’activité | barème 0 % / 10 % / 20 %, plus Fair Share Contribution au-delà de 12 millions MUR/an | impôt sur les sociétés à 15 %, ou 3 % pour l’export de biens |
| Immatriculation de la structure | Registrar of Businesses | Corporate and Business Registration Department, dès 500 MUR par an |
Changer de statut en cours de séjour
Les deux statuts ne sont pas figés à vie. Les directives de l’EDB prévoient explicitement le passage d’une catégorie de permis à une autre : un self-employed qui monte en puissance peut basculer vers un permis investisseur en déposant une nouvelle demande accompagnée d’une lettre d’annulation de son permis en cours. Ce basculement a du sens pour un projet qui démarre seul et dont l’activité justifie, quelques années plus tard, de constituer une société pour embaucher ou pour accéder au régime fiscal des entreprises.
Quel statut pour quel projet
- Un consultant ou un indépendant qui facture deux ou trois clients, sans intention d’embaucher à court terme, correspond au profil self-employed : l’investissement de départ est plus faible et la structure la plus simple à maintenir.
- Un porteur de projet qui prévoit d’embaucher, de lever des capitaux ou de constituer un actionnariat correspond au profil société avec permis investisseur, malgré le seuil d’entrée plus élevé.
- Une activité d’export de biens, où le taux réduit à 3 % change concrètement la rentabilité, ne se conçoit qu’à travers une société : le self-employed reste cantonné aux services.
- Un projet incertain, qui pourrait grandir ou rester modeste, n’oblige pas à trancher immédiatement : commencer en self-employed puis basculer vers une société reste une voie prévue par les textes.
Pour un porteur de projet qui associe cette installation professionnelle à un achat immobilier, les biens neufs répertoriés sur le programme neuf à l’île Maurice donnent un premier repère de budget, à mettre en regard du montant d’investissement exigé par chacun des deux permis.
Trois questions avant de choisir
Le seuil de TVA de 3 millions de roupies s’applique-t-il différemment selon le statut ? Non : le texte qui l’instaure vise toute personne dont l’activité dépasse ce chiffre d’affaires, sans distinction de forme juridique.
Un self-employed peut-il embaucher ? Oui, mais seulement une personne, à un poste administratif local, ce qui exclut de bâtir une équipe sous ce statut.
Faut-il fermer son permis self-employed avant de demander un permis investisseur ? Une lettre d’annulation du permis en cours fait partie du dossier de changement de catégorie ; les deux permis ne se cumulent pas.
Sources et vérifications
- Economic Development Board — Occupation Permit Guidelines (self-employed, investisseur, changement de catégorie, frais)
- Economic Development Board — mise à jour 2026 des seuils du permis investisseur et du self-employed
- Mauritius Revenue Authority — taux d’imposition des sociétés
- Mauritius Revenue Authority — barème de l’impôt sur le revenu et Fair Share Contribution, année d’imposition 2025-2026
- Mauritius Revenue Authority — communiqué sur le seuil d’immatriculation à la TVA
- Corporate and Business Registration Department — barème des frais d’immatriculation
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