
Tortues marines à Maurice : où les observer, et ce que la loi interdit
Deux espèces de tortues marines vivent dans le lagon mauricien. Où les rencontrer, ce que la Fisheries Act 2023 interdit précisément, et pourquoi la règle a été durcie en 2022.
Deux espèces de tortues marines fréquentent les eaux mauriciennes, la tortue verte le plus souvent et la tortue imbriquée plus rarement. La loi interdit strictement de nager avec elles à but récréatif, de les toucher, de les nourrir ou de les poursuivre : c’est écrit noir sur blanc dans la Fisheries Act 2023, et un opérateur qui l’ignore risque bien plus qu’un simple rappel à l’ordre.
Les deux espèces que l’on croise dans le lagon
La tortue verte (Chelonia mydas) est la plus fréquente : une carapace pouvant dépasser le mètre, une robe brun olive à verdâtre, et un régime presque exclusivement composé d’algues et d’herbiers marins. La tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), plus fine et reconnaissable à son bec pointu en forme de crochet, se tient davantage près des patates de corail dont elle consomme les éponges. Les deux sont classées en danger par l’Union internationale pour la conservation de la nature, ce qui explique le niveau de protection dont elles bénéficient à Maurice.
Où les observer
Il n’existe pas de site où l’observation est garantie : contrairement aux dauphins de la baie de Tamarin, les tortues se déplacent au hasard de leur alimentation. Les rencontres restent toutefois plus fréquentes dans quelques lagons peu profonds et riches en herbiers : le lagon de Trou aux Biches, celui de Pereybère dans le Nord, le parc marin de Blue Bay près de Mahébourg, et la baie de Flic-en-Flac à l’Ouest. Une étude publiée en 2013 dans le Marine Turtle Newsletter, portant sur 116 observations relevées entre 2009 et 2012 sur la côte Sud-Ouest, situe l’essentiel des rencontres à moins de 50 mètres de profondeur, avec une concentration particulière dans la baie de Rivière Noire (Black River Bay), où les herbiers et les récifs constituent un site d’alimentation important pour les deux espèces.
Ce que la loi interdit précisément
La Fisheries Act 2023, qui a abrogé et remplacé l’ancienne Fisheries and Marine Resources Act de 2007, consacre son article 33 aux espèces protégées. Le paragraphe 33(1)(d) interdit de pêcher, stocker, débarquer, vendre ou détenir une tortue marine, ses œufs ou sa carapace, vivante ou empaillée. Le paragraphe 33(3)(a) va plus loin et vise spécifiquement le tourisme : nul ne peut « prendre, nager avec à titre récréatif, harceler, nourrir intentionnellement ou tuer intentionnellement une tortue marine, à terre ou en mer ». Une autorisation écrite peut lever ces interdictions, mais seulement à des fins scientifiques, de reproduction ou de conservation.
L’infraction relève du niveau 3 du barème des sanctions de la loi, dont le plafond légal atteint 25 millions de roupies d’amende et jusqu’à deux ans d’emprisonnement — un maximum, pas un montant systématique. Une nuance importante distingue les deux volets de l’article 33 : la simple détention (33(1)) peut faire l’objet d’une contravention forfaitaire de 5 000 roupies réglée directement, alors que nager avec une tortue ou la nourrir à but récréatif (33(3)) n’ouvre pas droit à cette option et expose directement à la procédure complète.
Pourquoi cette règle a été renforcée
L’interdiction de nager avec les tortues n’est pas née de rien. Le 25 janvier 2022, le ministère alors compétent (aujourd’hui rattaché au ministère de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche) a publié un communiqué après avoir constaté, dans le lagon de Trou aux Biches, qu’une vingtaine de bateaux tournaient chaque jour autour des mêmes tortues entre 9h et midi puis entre 16h et 17h : les opérateurs les nourrissaient pour les fixer sur place, et les baigneurs les poursuivaient pour les toucher, les agripper par la carapace ou prendre des photos. Le ministère a alors rappelé que les tortues marines sont des animaux sauvages, et non des attractions apprivoisables. La même interdiction figure aujourd’hui dans la loi de 2023.
La ponte, un événement redevenu rare à Maurice
La nidification sur les plages de l’île principale a presque disparu depuis les années 1970, victime de l’éclairage artificiel du littoral, de la fréquentation des plages et de l’érosion côtière. L’étude de 2013 citée plus haut ne recense qu’un seul événement de ponte observé depuis, en 2007 sur la plage de Gris-Gris, et situe les véritables sites de reproduction sur les îles éloignées de Saint-Brandon et d’Agalega plutôt que sur le littoral principal.
Un nid a pourtant refait surface le 24 février 2026 sur une plage de la côte Ouest, devant un hôtel : une touriste y a repéré des œufs en bon état, signalés au ministère le lendemain. Celui-ci a aussitôt activé le Stranded Mammal and Marine Turtle Action Plan, le dispositif national prévu pour ce type d’incident : recouvrement du nid de sable pour le protéger du soleil et des prédateurs, périmètre balisé par des barres et un ruban de signalisation, surveillance quotidienne par les Fisheries Protection Services matin, midi et soir, et suivi scientifique programmé sur les 45 jours menant à l’éclosion.
Selon votre situation
Vous partez en excursion en bateau dans le lagon : refusez toute offre présentée comme « nage avec les tortues » ou « garantie de rencontre » — l’opérateur qui la propose est en infraction, et vous devenez complice de fait. Une excursion respectueuse se contente d’observer à distance, sans ralentir volontairement au-dessus d’une tortue ni couper sa route.
Vous faites du snorkeling en indépendant dans un lagon comme Trou aux Biches ou Blue Bay : si une tortue remonte respirer près de vous, restez immobile et laissez-la repartir de son propre mouvement. La photographier est autorisé, la suivre pour s’en rapprocher ne l’est pas.
Vous trouvez un nid ou une tortue en détresse sur une plage : ne la déplacez pas et ne la manipulez pas vous-même, sauf danger immédiat, et prévenez sans attendre les autorités compétentes plutôt que de gérer la situation seul — c’est exactement le scénario que le plan national de 2026 a traité en quelques heures.
Foire aux questions
Les tortues terrestres géantes que l’on voit à La Vanille Nature Park ou à l’Île aux Aigrettes sont-elles concernées par cette loi ? Non : ce sont des tortues géantes d’Aldabra, une espèce terrestre originaire des Seychelles et introduite à Maurice dans le cadre de programmes de conservation. La Fisheries Act ne régit que les espèces marines ; les tortues terrestres relèvent d’une réglementation distincte sur la faune protégée.
Un touriste étranger risque-t-il vraiment une amende ? Oui, la loi s’applique à toute personne présente dans les eaux mauriciennes, résident ou visiteur, et les agents des Fisheries Protection Services patrouillent activement les lagons les plus fréquentés depuis l’affaire de Trou aux Biches.
Existe-t-il un endroit où observer des tortues marines en toute légalité et de très près ? Aucun site mauricien ne le permet à ce jour dans le milieu naturel : la seule interaction encadrée reste l’observation à distance en snorkeling ou en excursion respectueuse des règles.
Sources et vérifications
- Mauritius National Assembly — texte intégral de la Fisheries Act 2023, article 33 et barème des sanctions (Fourth Schedule, Fifth Schedule)
- Tourism Authority of Mauritius — communiqué du 25 janvier 2022 sur l’interdiction de nager avec, nourrir et harceler les tortues marines
- Marine Turtle Newsletter — observations de tortues vertes et imbriquées sur la côte Sud-Ouest de Maurice (2009-2012)
- AllAfrica — découverte et sécurisation d’un nid de tortue marine sur la côte Ouest de Maurice, 24-25 février 2026
- InforMEA / PNUE — dénomination actuelle du ministère mauricien de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche
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