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1 septembre 2026 Westimmo

Paille-en-queue et oiseaux endémiques à Maurice : où les observer

Chamarel, les Gorges de Rivière Noire, l'île aux Aigrettes : trois sites, trois façons différentes d'observer le paille-en-queue, le pigeon rose et la crécerelle de Maurice.

Trois endroits suffisent à couvrir l’essentiel des oiseaux emblématiques de Maurice : le point de vue de la cascade de Chamarel pour voir le paille-en-queue tourner au-dessus des falaises sans réserver quoi que ce soit, le parc national des Gorges de Rivière Noire pour les espèces terrestres réellement endémiques, et l’île aux Aigrettes pour approcher le pigeon rose à quelques mètres. Chacun demande une préparation différente.

Le paille-en-queue, l’oiseau qu’on repère sans réserver de tour

Le paille-en-queue à brins blancs (Phaethon lepturus) doit son nom créole à ses deux longues plumes centrales de la queue, qui peuvent porter l’ensemble à environ 80 cm alors que l’oiseau lui-même ne dépasse pas 40 cm de long pour une envergure de 89 à 96 cm. Il niche dans des anfractuosités de falaises et des crevasses rocheuses, des sites choisis pour leur inaccessibilité aux prédateurs terrestres plus que pour le confort du couple reproducteur.

La femelle pond un œuf unique, couvé 40 à 46 jours par les deux parents, et le poussin reste au nid 12 à 13 semaines avant de s’envoler. La parade la plus spectaculaire à observer reste le vol synchronisé : des groupes de deux à vingt oiseaux tournent ensemble en balançant leurs brins de queue au-dessus des falaises, un comportement qui se répète sur plusieurs semaines avant la ponte.

Les falaises visibles depuis le point de vue de la cascade de Chamarel, dans le Sud-Ouest, comptent parmi les sites où ce ballet se voit à l’œil nu, sans jumelles ni guide, depuis un point d’observation ouvert au public. D’autres falaises côtières du Sud et du Sud-Ouest de l’île accueillent des colonies similaires, mais celle de Chamarel a l’avantage d’être aménagée pour les visiteurs, à quelques minutes de la région de Rivière Noire.

Le parc national des Gorges de Rivière Noire, la meilleure chance de croiser les endémiques terrestres

Le parc national des Gorges de Rivière Noire, créé le 15 juin 1994, couvre 67,54 km² de forêt d’altitude et reste la plus grande zone protégée de Maurice. Il concentre huit espèces d’oiseaux terrestres endémiques à l’île : le pigeon rose, la perruche de Maurice, la crécerelle de Maurice, l’échenilleur de Maurice, le merle cuisinier de Maurice, le zostérops olive, le zostérops gris et le foudi de Maurice. Le parc dispose de deux centres d’accueil et d’environ 60 km de sentiers balisés.

La Mauritian Wildlife Foundation, l’organisation qui pilote l’essentiel du travail de conservation sur ces espèces, organise régulièrement des sorties le long du sentier forestier de Macchabée jusqu’au point de vue du même nom : c’est là que les perruches échos et le merle cuisinier de Maurice se laissent le plus facilement approcher, en survol de la canopée ou à découvert sur les branches basses. L’activité des oiseaux chute nettement à mesure que la matinée avance, ce qui rend une arrivée tôt plus rentable qu’une visite en milieu de journée.

Les menaces qui pèsent encore sur ces couvées sont connues et documentées par la fondation : les souris, la mangouste et le singe introduits s’attaquent aux œufs et aux jeunes, ce qui explique pourquoi certaines zones du parc restent fermées au public ou accessibles uniquement en groupe accompagné.

L’île aux Aigrettes, le seul endroit où le pigeon rose se laisse approcher

L’île aux Aigrettes est un îlot de 26 hectares situé à environ 850 mètres au large de la côte Sud-Est, dans la baie de Mahébourg, classé réserve naturelle en 1965 et géré par la Mauritian Wildlife Foundation depuis 1985. Contrairement aux Gorges de Rivière Noire, l’accès n’est possible qu’avec un guide de la fondation : la visite standard associe une courte traversée en bateau à un circuit à pied d’environ 1h30 à 2h dans les derniers vestiges de forêt sèche côtière de l’île.

C’est l’un des cinq sites où subsiste une population sauvage de pigeon rose, aux côtés de quatre secteurs des Gorges de Rivière Noire. L’espèce est passée de 10 individus recensés en 1991, son plus bas niveau jamais mesuré, à environ 400 oiseaux en milieu naturel en 2018 grâce à un programme de reproduction en captivité et de réintroduction. Son statut est ainsi passé de En danger critique d’extinction en 2000 à En danger en 2018, puis à Vulnérable la même année sur la liste rouge de l’UICN. Le zostérops olive et des tortues géantes d’Aldabra réintroduites font partie des autres espèces que la visite guidée permet d’observer sur l’îlot.

Les départs se font en bateau depuis Pointe Jérôme, à quelques minutes de Mahébourg et du secteur résidentiel de Pointe d’Esny ; les places sont limitées et une réservation préalable auprès de la fondation ou d’un opérateur agréé est nécessaire, davantage encore en haute saison touristique.

Le faucon crécerelle de Maurice, l’histoire qui explique pourquoi on le protège autant

La crécerelle de Maurice (Falco punctatus) est aujourd’hui l’oiseau national du pays, un statut proclamé en mars 2022 pour marquer le trentième anniversaire de la République de Maurice. Ce choix tient à son histoire : l’espèce ne comptait plus que quatre individus recensés dans la nature en 1974, l’un des points les plus bas jamais enregistrés pour un rapace avant une intervention de conservation intensive. Un programme d’élevage en captivité et de réintroduction a ensuite porté la population à plusieurs centaines d’oiseaux, avec environ 400 individus estimés en 2019.

Le déclin observé dans la décennie qui a suivi son pic a conduit l’UICN à reclasser l’espèce En danger en 2014, après une période où elle avait pu être considérée comme Vulnérable. Elle reste restreinte au plateau montagneux du Sud-Ouest de l’île, dans les forêts, falaises et ravins, en particulier dans la région des Gorges de Rivière Noire, ce qui en fait l’un des points communs entre les trois sites d’observation évoqués plus haut.

Quand partir et comment se comporter en observateur

La parade nuptiale du paille-en-queue et l’activité des espèces terrestres sont plus visibles entre octobre et décembre, en dehors de la saison la plus chaude et la plus humide. Pour toutes les espèces, tôt le matin reste le créneau le plus productif : la chaleur qui s’installe en cours de journée réduit nettement les déplacements et les vocalises.

Aucune de ces trois sorties ne demande d’équipement particulier au-delà d’une paire de jumelles et de chaussures fermées pour les sentiers du parc. Rester sur les chemins balisés, ne jamais nourrir les oiseaux et respecter les zones fermées au public protègent directement des couvées dont l’équilibre reste fragile, y compris pour des espèces dont la population a été multipliée par plusieurs dizaines depuis les années 1990.

Le Sud-Est, entre Mahébourg et Pointe d’Esny, reste par ailleurs l’une des régions où la nature préservée pèse le plus dans le choix d’un lieu de vie ou d’investissement à Maurice — un sujet traité plus en détail dans notre guide du Sud et de l’Est de l’île. Les amateurs de faune marine peuvent aussi compléter cette sortie avec notre article sur l’observation des baleines à Maurice.

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