
Quitter la Nouvelle-Calédonie pour Maurice : retraite, impôts et santé
Retraite CAFAT et CLR, ITR, convention fiscale, impôt mauricien, assurance santé : ce qui change quand un Calédonien s'installe à Maurice.
Une retraite acquise en Nouvelle-Calédonie ne se perd pas en s’installant à Maurice : la CAFAT, la Caisse locale de retraite et l’État continuent de verser les pensions à l’étranger, sous réserve d’une attestation annuelle de vie. Trois choses changent en revanche dès le départ. L’indemnité temporaire de retraite (ITR) des fonctionnaires d’État cesse quand le bénéficiaire quitte définitivement le territoire. La couverture maladie de la CAFAT s’arrête. Et aucune convention fiscale ne relie la Nouvelle-Calédonie à Maurice : la convention signée entre la France et Maurice ne vise que la métropole et les départements d’outre-mer.
Cet article détaille, pour un Calédonien qui prépare son installation, ce que deviennent sa pension, ses impôts et sa couverture santé. Il complète notre comparatif Nouvelle-Calédonie ou île Maurice, qui traite la décision de partir dans son ensemble.
En bref
- Pension CAFAT ou CLR : versée à l’étranger, sur un compte bancaire au nom du retraité, contre une attestation annuelle de vie et de résidence.
- ITR : elle cesse au départ définitif de la Nouvelle-Calédonie. C’est souvent la perte la plus lourde.
- Pension de l’État français : en principe imposable en France seulement, et exonérée à Maurice, en application de la convention France–Maurice.
- Revenus de source calédonienne (pension CAFAT, loyers) : ils restent imposables en Nouvelle-Calédonie selon ses règles, et Maurice les impose aussi s’ils sont transférés sur l’île, avec un crédit pour l’impôt payé en Nouvelle-Calédonie.
- Santé : la carte CAFAT n’est pas valable hors du territoire. Il faut une assurance dès l’arrivée, privée ou via la Caisse des Français de l’étranger.
La convention fiscale France–Maurice s’applique-t-elle aux Calédoniens ?
La convention fiscale signée entre la France et Maurice en 1980 s’applique, pour la France, aux « départements européens et d’outre-mer » (article 29). La Nouvelle-Calédonie, qui a son propre code des impôts, n’y figure pas. Le même article prévoit une extension possible aux territoires d’outre-mer par échange de notes diplomatiques ; nous n’avons trouvé aucune trace d’une telle extension à la Nouvelle-Calédonie.
La convention entre la France et la Nouvelle-Calédonie de 1983 ne règle, elle, que les relations entre ces deux territoires : elle cesse de vous protéger dès que vous n’êtes plus résident ni de l’un ni de l’autre. Enfin, aucune convention entre la Nouvelle-Calédonie et Maurice n’a été trouvée. Or la direction des services fiscaux calédonienne raisonne ainsi : en l’absence de convention avec un pays, seul le code des impôts de la Nouvelle-Calédonie s’applique de son côté.
Conséquence pratique : ce que vous savez peut-être de la situation d’un retraité de métropole installé à Maurice (une pension imposée d’un seul côté, des règles claires de partage) ne vaut que pour les pensions versées par la France. Pour vos revenus de source calédonienne, chaque territoire applique sa propre loi, et seul le crédit d’impôt mauricien limite la double imposition. Ce point n’a pas été validé par un fiscaliste : faites-le confirmer avant de partir si vos revenus calédoniens sont importants.
Quelles démarches fiscales faire avant de quitter la Nouvelle-Calédonie ?
La direction des services fiscaux (DSF) de Nouvelle-Calédonie demande, au moment d’un départ définitif :
- une déclaration provisoire des revenus, à déposer dans les dix jours qui précèdent le départ, et que vous pourrez compléter jusqu’à la date limite habituelle ;
- la déclaration, pour l’année du départ, de tous vos revenus du 1er janvier jusqu’à la date du départ, puis des seuls revenus d’origine calédonienne ;
- pour les années suivantes, une déclaration des revenus qui restent imposables en Nouvelle-Calédonie (par exemple les loyers d’un bien conservé), soumis à un prélèvement forfaitaire de 25 %, à déposer avant le 30 juin ;
- la communication de votre nouvelle adresse (domicile, adresse postale, courriel) via les services en ligne de la DSF.
Le départ physique ne suffit pas toujours : le code des impôts calédonien retient aussi l’activité professionnelle et le centre des intérêts économiques. Garder l’essentiel de son patrimoine et de ses revenus en Nouvelle-Calédonie peut donc entretenir un lien fiscal avec le territoire. Conservez les preuves de la date de votre installation à Maurice (billet, bail, permis).
Comment est-on imposé une fois résident à Maurice ?
Pour la Mauritius Revenue Authority (MRA), une personne est résidente notamment si elle a son domicile à Maurice (sauf si son lieu d’habitation permanent est à l’étranger), ou si elle y passe 183 jours ou plus dans l’année fiscale, qui court du 1er juillet au 30 juin. Une présence de 270 jours cumulés sur l’année et les deux précédentes suffit aussi.
Un résident est imposé sur ses revenus de source mauricienne et sur ses revenus de source étrangère transférés à Maurice ; la MRA précise que les pensions entrent dans ces revenus étrangers. Le barème est progressif, de 0 à 35 %, et les premières 500 000 roupies de revenu imposable ne sont pas taxées pour l’année qui se termine le 30 juin 2027. Le taux de 35 % ne s’applique qu’au-delà de 12 millions de roupies.
Lorsqu’un revenu étranger a déjà supporté un impôt dans son pays d’origine, l’Income Tax Act prévoit un crédit d’impôt unilatéral (article 77), même sans convention. Ce crédit est plafonné à l’impôt mauricien dû sur ce même revenu : si l’impôt calédonien est plus élevé que l’impôt mauricien, l’excédent n’est pas remboursé. En pratique, la charge totale sur un revenu calédonien transféré à Maurice tend vers le plus élevé des deux impôts, pas vers leur somme.
Un point mérite attention : le permis de résidence retraité exige de transférer au moins 2 000 dollars américains par mois (24 000 par an) sur un compte mauricien. Ces sommes sont précisément des revenus « transférés » : au-delà de 500 000 roupies par an, ils entrent en principe dans la base imposable à Maurice, sauf s’ils proviennent d’une pension que la convention France–Maurice réserve à la France. Le lien entre statut de résident et résidence fiscale est détaillé dans notre article domicile fiscal, permis de résidence et nationalité.
Peut-on toucher sa retraite calédonienne à Maurice, et où est-elle imposée ?
| Pension | Versée à Maurice ? | Où est-elle imposée ? |
|---|---|---|
| Retraite CAFAT | Oui, sur un compte bancaire au nom du retraité, avec attestation annuelle de vie | En Nouvelle-Calédonie comme revenu de source calédonienne, et à Maurice si elle y est transférée, avec crédit d’impôt |
| Caisse locale de retraite (CLR) | Oui, avec attestation annuelle certifiée par une autorité du lieu de résidence | Qualification à faire confirmer par la DSF : même logique a priori que la CAFAT |
| Pension de l’État (fonctionnaire d’État) | Oui | En France, par retenue à la source ; exonérée à Maurice (convention France–Maurice, articles 19 et 24), sauf pour un ressortissant mauricien |
| Retraite de base de métropole (régime général) | Oui | En France (convention France–Maurice, article 18 §2) |
| ITR | Non : elle cesse au départ définitif | Sans objet |
Comment toucher sa retraite CAFAT à Maurice ?
La CAFAT verse la pension au plus tard le 27 du mois, uniquement sur un compte bancaire au nom du retraité (pas sur un livret d’épargne). Chaque année, le retraité renvoie une attestation de vie ; pour un résident à l’étranger, la partie relative à la situation familiale est complétée par une autorité du pays (mairie, ambassade ou consulat), et le cadre « résidence » est obligatoire. La notice de 2026 précise que le complément retraite de solidarité (CRS) est suspendu à partir de juillet si ce cadre est mal rempli. Avant de partir, demandez par écrit à la CAFAT si le CRS que vous percevez éventuellement est maintenu en cas de résidence à l’étranger, et si un compte ouvert à Maurice est accepté.
Si vous avez aussi cotisé en métropole, le décret de coordination de 2002 entre les régimes français et calédoniens totalise les périodes pour l’ouverture des droits ; il rend les pensions exportables quel que soit le lieu de résidence. Il ne couvre pas Maurice, mais il ne cesse pas de s’appliquer parce que vous y vivez.
Et la pension de la Caisse locale de retraite ?
Les fonctionnaires territoriaux retraités doivent fournir chaque année une attestation certifiée par une autorité de leur lieu de résidence ; sans elle, la CLR suspend le paiement. La campagne 2026 avait pour échéance le 30 juin, avec suspension dès septembre en cas d’oubli. Le régime fiscal d’une pension CLR versée à un résident de Maurice n’est pas tranché par un texte que nous ayons pu lire : posez la question à la DSF avant le départ.
Perd-on l’ITR en partant vivre à Maurice ?
Le décret du 13 février 2009 relatif à l’ITR est sans ambiguïté : l’indemnité « cesse d’être due » lorsque le bénéficiaire quitte définitivement le territoire, et elle est suspendue au-delà de trois mois d’absence cumulée dans l’année. Le dispositif est par ailleurs en voie d’extinction : aucune ITR n’est prévue pour les pensions liquidées à partir du 1er janvier 2028. Pour un retraité qui la perçoit, le calcul à faire n’est donc pas « ma pension actuelle face au coût de la vie à Maurice », mais « ma pension sans l’ITR ». La pension principale, elle, reste due et suit les règles de la convention France–Maurice : imposable en France, par retenue à la source pour les non-résidents, et exonérée à Maurice. Le service des impôts des particuliers non-résidents vous confirmera le taux applicable.
Pour les règles d’imposition à Maurice d’une pension française classique, notre article pension française à Maurice donne le détail, et notre analyse de la convention fiscale France–Maurice en explique les mécanismes.
Comment se soigner à Maurice sans la CAFAT ?
La carte d’assuré CAFAT n’est pas valable hors de Nouvelle-Calédonie. En cas de départ définitif, la CAFAT demande à être informée, et une absence prolongée du territoire entraîne la suspension des prestations. Une fois installé à Maurice, il faut donc une couverture propre, dès le premier jour. Deux voies existent :
- La Caisse des Français de l’étranger (CFE) : elle est ouverte, selon le code de la sécurité sociale, aux personnes qui résident à l’étranger et ne relèvent plus d’un régime français obligatoire. Des délais de carence s’appliquent selon l’âge si l’adhésion est tardive : adhérez avant le départ ou dans les trois mois qui suivent. Le cas d’un assuré qui quitte la CAFAT, et non un régime de métropole, n’est pas explicitement traité par les textes : faites confirmer votre admission par écrit. Le fonctionnement de la CFE pour un résident de Maurice est détaillé dans notre article sur la protection sociale de l’expatrié à Maurice.
- Une assurance santé internationale ou locale, dont les primes dépendent fortement de l’âge et des garanties. Notre article assurance santé locale ou internationale compare les deux formules, et notre guide santé à Maurice pour les retraités traite le cas des plus de 60 ans.
Beaucoup de retraités combinent les deux : la CFE pour la base, une complémentaire pour les soins dans les cliniques privées mauriciennes.
Que faire avant de partir, et dans quel ordre ?
- Chiffrez votre revenu après départ : pension sans ITR, CRS éventuellement suspendu, impôt calédonien sur les revenus qui restent de source calédonienne, impôt mauricien sur les sommes transférées.
- Écrivez à vos caisses (CAFAT, CLR, service des retraites de l’État) : versement à l’étranger, compte accepté, attestation de vie, maintien des compléments.
- Organisez la santé : adhésion à la CFE ou souscription d’une assurance avant la date de départ.
- Préparez le permis de résidence : le permis retraité demande 50 ans révolus et un transfert d’au moins 2 000 USD par mois ; notre guide de la retraite à l’île Maurice détaille le dossier.
- Ouvrez un compte bancaire mauricien, indispensable pour le permis et pour recevoir la pension : voir ouvrir un compte à l’île Maurice.
- Déposez la déclaration provisoire à la DSF dans les dix jours qui précèdent le départ, et signalez votre nouvelle adresse.
- Décidez du sort de votre logement avant de le quitter : la vente d’une résidence principale est exonérée de taxe sur les plus-values, ce qui peut cesser d’être le cas si vous la louez. Voir vendre en Nouvelle-Calédonie, acheter à Maurice.
Questions fréquentes
Ma retraite CAFAT sera-t-elle imposée deux fois ?
Elle peut être imposée des deux côtés : en Nouvelle-Calédonie comme revenu de source calédonienne, et à Maurice si vous la transférez sur l’île. Le crédit d’impôt mauricien évite de payer deux fois la totalité, mais il ne peut pas dépasser l’impôt mauricien dû sur ce revenu. La charge finale tend donc vers le plus élevé des deux impôts.
Puis-je garder la CAFAT en vivant six mois à Maurice et six mois à Nouméa ?
La CAFAT suspend les prestations en cas d’absence prolongée, et c’est la résidence effective qui compte. Une vie partagée entre les deux îles peut aussi brouiller votre résidence fiscale et compliquer l’obtention d’un permis mauricien, qui suppose une installation réelle. C’est un montage à éviter sans conseil personnalisé.
La convention France–Maurice s’applique-t-elle si j’ai travaillé en métropole avant la Nouvelle-Calédonie ?
Oui, pour les pensions versées depuis la France : retraite de base du régime général, pension de l’État. Elle ne s’applique pas aux pensions et revenus de source calédonienne.
Quel permis de séjour pour un retraité calédonien à Maurice ?
Le permis de résidence retraité est ouvert à partir de 50 ans, à condition de transférer au moins 2 000 dollars américains par mois (24 000 par an) sur un compte bancaire mauricien. L’autre voie est l’achat d’un bien d’au moins 375 000 dollars dans un programme agréé. Les deux permettent de vivre à Maurice, pas d’y travailler. Le détail est dans notre guide des permis de résidence à Maurice.
Faut-il prévenir la DSF si l’on garde un bien loué à Nouméa ?
Oui. Les loyers restent imposables en Nouvelle-Calédonie, avec une déclaration annuelle avant le 30 juin et un prélèvement forfaitaire de 25 %. S’ils sont transférés à Maurice, ils entrent aussi dans la base imposable mauricienne, avec le crédit d’impôt décrit plus haut.
Sources et vérifications
- Convention fiscale France–Maurice (articles 18, 19, 24 et 29)
- Convention fiscale entre la France et la Nouvelle-Calédonie (1983)
- DSF de Nouvelle-Calédonie : doctrine fiscale sur les pays sans convention (6 avril 2012)
- DSF de Nouvelle-Calédonie : vous arrivez ou vous quittez la Nouvelle-Calédonie (dépliant)
- DSF de Nouvelle-Calédonie : principes généraux de l’impôt sur le revenu
- DSF de Nouvelle-Calédonie : revenus fonciers
- DSF de Nouvelle-Calédonie : signaler un changement d’adresse
- Mauritius Revenue Authority : Foreign income
- Mauritius Revenue Authority : Individuals (seuil de 500 000 roupies, année 2026-2027)
- Income Tax Act consolidé (article 77, crédit d’impôt étranger)
- Income Tax (Foreign Tax Credit) Regulations
- PwC Worldwide Tax Summaries : Mauritius, residence
- PwC Worldwide Tax Summaries : Mauritius, foreign tax relief
- Décret n° 2009-114 du 13 février 2009 relatif à l’indemnité temporaire de retraite (article 9)
- BOFiP : barème de la retenue à la source sur les pensions des non-résidents (2026)
- CAFAT : le paiement de ma retraite
- CAFAT : notice de l’attestation annuelle de vie (2026)
- CAFAT : démarches en cas de départ de Nouvelle-Calédonie
- Caisse locale de retraite : vos prochaines échéances
- Code de la sécurité sociale, articles L762-1 et suivants (Caisse des Français de l’étranger)
- Economic Development Board : Real Estate & Hospitality (permis de résidence)
Informations vérifiées le 1er octobre 2026. Ce contenu n’a pas été validé par un fiscaliste ou un avocat. Les règles de retraite et de fiscalité dépendent de votre situation personnelle et peuvent évoluer : faites confirmer votre situation par la CAFAT, la CLR, la DSF de Nouvelle-Calédonie et la MRA, ou par un conseiller, avant de vous engager.
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