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16 septembre 2026 Westimmo

Les coraux du lagon mauricien : comprendre, admirer, préserver

80 % des coraux mauriciens ont blanchi en 2025. État du lagon, parcs marins protégés, ce que la loi interdit, et les projets de restauration en cours.

En mars 2025, 80 % des colonies de corail des eaux mauriciennes ont blanchi sous l’effet d’une vague de chaleur marine qui a porté la température de surface à 31 °C, selon le directeur de l’Institut d’océanographie de Maurice (MOI), Pierre Edgard Daniel Marie. Ce n’est pas un accident isolé : c’est le dernier épisode d’une série qui frappe le lagon depuis 1998, et qui a forcé les autorités mauriciennes à revoir en 2025 leur méthode de restauration corallienne.

Pourquoi le corail blanchit

Le blanchissement corallien correspond à l’expulsion par le corail de ses algues symbiotiques (les zooxanthelles), qui lui donnent sa couleur et une grande partie de sa nourriture. Le déclencheur principal est une élévation anormale de la température de surface de la mer, souvent associée à un épisode El Niño, d’après l’Institut d’océanographie de Maurice.

Le premier épisode recensé à Maurice remonte à 1998, avec une perte de plus de 10 % de la couverture corallienne vivante de l’île. Entre 2001 et 2016, une série d’épisodes, de sélectifs à massifs, a fait perdre entre 2 % et 56 % du corail vivant selon les lagons. En 2019, les relevés du MOI sur ses stations permanentes (Île aux Bénitiers, La Gaulette, Grande Rivière Sud-Est, Le Morne, Flic en Flac) ont montré plus de 75 % de colonies partiellement ou totalement blanchies, avec le genre Acropora comme le plus touché (89 %) ; à l’Île aux Bénitiers et à Flic en Flac, le taux dépassait 80 %. L’épisode de 2023-2025 a atteint 80 % à l’échelle de l’île en mars 2025.

Les parcs marins où le corail est protégé

Deux zones du lagon bénéficient d’un statut de parc marin depuis octobre 1997 comme parcs nationaux, confirmé en juin 2000 en tant que parcs marins : le Parc marin de Blue Bay, 353 hectares sur la côte Sud-Est entre la Pointe Corps de Garde et la Pointe Vacoas, également classé site Ramsar depuis le 31 janvier 2008 ; et le Parc marin de Balaclava, 485 hectares sur la côte Nord dans le district de Pamplemousses, qui combine récif corallien, plage de sable et marais salé. Les deux sont gérés par la Division de conservation marine du ministère de l’Économie bleue, qui y entretient des nurseries de coraux destinées à régénérer les zones dégradées.

À Blue Bay, des bouées d’amarrage ont été installées pour éviter que les ancres des bateaux n’endommagent le récif, et une quinzaine d’opérateurs détiennent un permis pour proposer des sorties en bateau à fond de verre ou en snorkeling encadrées.

Ce que la loi interdit

La Fisheries Act 2023, qui régit aujourd’hui la conservation marine à Maurice, interdit à son article 20 de couper, prélever, déplacer, transplanter ou endommager de quelque façon un corail sans autorisation, au même titre qu’une mangrove ou un herbier marin. Toute infraction à cette disposition constitue une infraction pénale, classée au niveau 5 du barème de la loi : une amende maximale de 50 millions de roupies et jusqu’à 10 ans d’emprisonnement, ce plafond légal n’étant pas la sanction systématiquement appliquée. Le texte interdit par ailleurs la possession, la vente ou l’exportation de corail natif, mort ou vivant, sans autorisation spécifique.

Les projets de restauration en cours

Depuis 2017, le MOI et le Centre de recherche halieutique d’Albion forment des pêcheurs et habitants côtiers à la culture corallienne dans le cadre d’un projet communautaire, d’abord à Quatre Sœurs, La Gaulette, Bel Ombre et Grand Gaube, puis étendu au Morne, à Poudre d’Or et à Bambous Virieux grâce à un financement de 70 000 dollars du programme WIOSAP de l’ONU Environnement. Cent dix participants (85 % d’hommes, 15 % de femmes) y ont été formés à la mise en place et à l’entretien de nurseries de corail sur corde, avant transplantation sur des sites dégradés à Albion, Flic en Flac et Trou aux Biches.

À Blue Bay, l’ONG Eco-Sud mène depuis 2010 son programme Lagon Bleu, intensifié en 2020 avec le soutien de l’Adaptation Fund et du PNUD, en partenariat avec le MOI et le Centre de recherche halieutique d’Albion : l’objectif est de restaurer 1,6 hectare de récif entre Blue Bay et Grand Port, avec un suivi sur les sites de Trou Capitaine et de Pointe d’Esny, et 250 personnes formées aux techniques de bouturage et de suivi.

Sur la côte Nord, l’association Reef Conservation, basée à Pereybère, a créé la première zone de conservation marine volontaire (ZCMV) de l’île à Roches Noires en 2011, puis une seconde à Anse-La-Raie en 2014. Sur la côte Ouest, l’association Coral Garden Conservation, active depuis 2015, pilote l’initiative « Reviving Le Morne » et gère une ZCMV à Saint-Félix avec un suivi par drone sous-marin.

En mai 2025, le ministère de l’Économie bleue a suspendu la technique de bouturage (multiplication de fragments de corail prélevés) après un audit ayant révélé des taux de survie de seulement 0 à 10 %, atteignant parfois 30 %, dans les nurseries. La stratégie officielle se réoriente désormais vers la reproduction sexuée du corail, jugée plus résiliente : la fondation Odysseo, avec l’organisation internationale Secore International, a lancé en 2024 un projet de trois ans utilisant cette méthode depuis son laboratoire de l’oceanarium.

Observer le corail sans l’abîmer

Un corail touché ou piétiné meurt en quelques semaines, même sans casser sa structure. Dans le lagon, la règle est simple : garder ses distances, ne jamais poser un pied ou une palme sur une colonie, ne pas nourrir les poissons pour ne pas perturber l’écosystème du récif, et privilégier une crème solaire sans oxybenzone ni octinoxate, deux filtres chimiques déjà identifiés comme nocifs pour les coraux. Dans les parcs marins de Blue Bay et de Balaclava, passer par un opérateur détenteur d’un permis reste la meilleure garantie que la sortie respecte les zones sensibles du récif. Pour les propriétaires de bateau, les règles de mouillage détaillées dans notre guide du nautisme à Maurice s’appliquent directement à la protection du corail : une ancre mal posée détruit en quelques secondes ce qu’une nurserie met des années à reconstituer.

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