Westimmo » La roussette de Maurice : la chauve-souris endémique au cœur des débats
18 octobre 2026 Westimmo

La roussette de Maurice : la chauve-souris endémique au cœur des débats

La roussette de Maurice, chauve-souris endémique « en danger », disperse les graines des forêts natives mais attaque les vergers. Faits, chiffres et solutions.

La roussette de Maurice (Pteropus niger) est le plus grand mammifère terrestre endémique de l’île, une chauve-souris frugivore classée « en danger » par l’UICN depuis 2018. Elle disperse les graines d’une bonne partie des arbres natifs, mais elle s’attaque aussi aux litchis et aux mangues des vergers. De ce conflit sont nés les abattages ordonnés par l’État en 2015, 2016, 2018 et 2019.

Qui est la roussette de Maurice ?

C’est une chauve-souris frugivore de grande taille, à l’envergure qui peut atteindre 80 cm. Elle a le pelage long et soyeux, doré, et de petites oreilles. Elle ne s’oriente pas à l’écho comme les petites chauves-souris insectivores : elle trouve sa nourriture à l’odorat et à la vue.

On ne la trouve nulle part ailleurs au monde que sur l’île Maurice. Elle dort le jour dans des dortoirs forestiers, souvent en versant sous le vent des montagnes, à l’abri du plein soleil, dans des zones d’accès restreint. Un dortoir peut s’étendre sur quelques centaines d’arbres. La roussette quitte son dortoir à la tombée de la nuit et peut parcourir jusqu’à 24 km pour se nourrir.

Les groupes se déplacent selon le vent, les ressources en fruits et le cycle de reproduction. Les mères avec leurs petits et les mâles sans partenaire occupent des dortoirs distincts.

Que mange-t-elle, et pourquoi les forêts en dépendent

La roussette se nourrit surtout de fruits, natifs comme importés, et de nectar. Elle en trouve dans les forêts, mais aussi dans les plantations, les petites exploitations et les jardins.

Son rôle écologique est mesuré. Dans six des forêts humides les mieux conservées de Maurice, une équipe de chercheurs a relevé 90 placettes de 100 m². Environ 24,6 % des espèces d’arbres et d’arbustes natifs ont des fruits que la roussette mange et dont elle disperse les graines. Ces espèces représentent 53,1 % des tiges et 63,1 % de la surface occupée par le tronc des plantes ligneuses natives. Pour environ la moitié de cette dernière valeur, la roussette est le seul vertébré natif à disperser les graines. Il s’agit surtout de grands arbres à gros fruits, qui forment la voûte de la forêt.

Pour la flore que l’on découvre à la forêt d’Ébène à Chamarel ou dans les forêts de montagne, cette chauve-souris joue donc un rôle que peu d’autres animaux peuvent tenir aujourd’hui. Maurice a déjà perdu deux espèces de chauves-souris, en plus d’oiseaux comme le dodo : la roussette est la dernière de son genre sur l’île.

Pourquoi les producteurs de litchis et de mangues s’en plaignent

La roussette mange les fruits mûrs sur l’arbre, et les producteurs de litchis et de mangues la tiennent pour responsable de pertes importantes. Les producteurs avancent des pertes de 10 à 35 % des fruits et chiffrent le préjudice à environ 5 millions de dollars par an. Le Conseil de recherche agricole a, lui, retenu une moyenne d’environ 10 % de dégâts par an sur les litchis.

Une étude menée en 2015 et 2016 dans des vergers commerciaux, publiée dans la revue Oryx en novembre 2018, nuance ce tableau. La perte totale de fruits, toutes causes confondues (oiseaux, chute naturelle, champignons), varie de 7 à 76 % selon l’arbre. Dans quatre vergers de litchis, les roussettes ont endommagé en moyenne 25,5 % des fruits, contre 5,8 % pour les oiseaux. Les écarts entre vergers sont très forts : sur les grands litchis, les dégâts attribués aux roussettes vont de 9,4 % à 52,8 % selon le domaine.

La hauteur de l’arbre pèse lourd. Sur les grands manguiers, les roussettes ont touché 31,3 % des fruits, contre 0,4 % sur les petits arbres. Les oiseaux, eux, visent plutôt les arbres bas. Des chercheurs de l’université d’Oxford et de Texas Tech écrivaient en 2020 que l’essentiel des dégâts dans les vergers vient des oiseaux, souvent des espèces introduites.

Les abattages : ce qui est établi

La chasse à la roussette pour la nourriture ou le sport est interdite depuis 1983. Les producteurs ont fait pression pour lever cette protection dès 2002. En 2015, ils ont obtenu gain de cause.

  • 2015 : 30 938 roussettes abattues, selon les chiffres du gouvernement repris dans la revue Oryx.
  • 2016 : 7 350 roussettes abattues, selon la même source.
  • Octobre 2018 : nouvel abattage annoncé, visant 20 % de la population restante, soit environ 13 000 animaux selon une pétition citée par Mongabay.
  • 2019 : nouvel abattage ordonné, d’après The Conversation.
  • Novembre 2020 : un nouveau plan visant 10 % de la population est rapporté par les mêmes auteurs.

La chasse illégale s’ajoute à ces chiffres : elle est estimée à 5 000 à 6 000 animaux par an. Cumulés, abattages et braconnage ont réduit la population de plus de 50 %.

Le décompte de départ est lui-même discuté. Le gouvernement évaluait la population à environ 100 000 individus en 2015, à partir de comptages par dérangement des dortoirs que les chercheurs jugent imprécis et sujets aux doubles comptages. Les chercheurs retiennent 62 500 individus (à 7 % près) en 2016.

Estimations de la population de roussettes de Maurice
AnnéeEstimationOrigine
1974environ 10 000Cheke et Dahl, 1981
2015environ 100 000Gouvernement de Maurice
201662 500 (± 7 %)Kingston et coll., 2018

En 2018, l’UICN a fait passer l’espèce de « vulnérable » à « en danger », en s’appuyant sur un déclin estimé à 50 % sur 2015-2016 et sur une baisse supérieure à 50 % attendue d’ici 2035. Les dernières décisions d’abattage documentées datent de 2020 ; l’effectif actuel de l’espèce reste incertain.

Peut-on protéger les vergers sans abattre ?

Les auteurs de l’étude parue dans Oryx répondent oui, en partie. Un filet posé sur la cime des arbres, assez grand et bien placé, a réduit les dégâts dus aux roussettes jusqu’à 23 fois. L’État prend en charge 50 à 75 % du coût de ces filets, d’après Mongabay. Récolter plus tôt aide aussi, puisque les roussettes préfèrent les fruits très mûrs, et tailler les arbres pour les garder bas les rend moins attirants.

Un travail universitaire de 2022 sur ce conflit conclut que chaque partie avait des arguments valables, mais que le manque de dialogue et de médiation a conduit à des actions peu efficaces.

Où et quand l’apercevoir

La roussette se voit surtout à l’aube et au crépuscule, quand elle part vers ses zones de nourrissage ou en revient, parfois loin de son dortoir. Les dortoirs connus se trouvent en forêt, surtout dans les chaînes de montagnes, en particulier dans la forêt de Bel Ombre, avec des groupes plus petits à Combo et près de Black River. Ils sont d’accès restreint et ne relèvent pas des villages.

Pour la voir dans de bonnes conditions, le plus simple est de lever les yeux au coucher du soleil, depuis un jardin ou un sentier, sans chercher à s’approcher d’un dortoir. Côté faune endémique, vous pouvez aussi lire notre guide sur les oiseaux endémiques et celui sur les geckos phelsumas.

Sources et vérifications

Vous envisagez un projet immobilier ?

Échangeons sur votre projet à l’île Maurice

Westimmo vous accompagne dans l’analyse, la sélection et la sécurisation de votre projet immobilier à Maurice.