
Le dodo de l’île Maurice : ce que l’on sait vraiment de l’oiseau disparu
Date de disparition, causes, Mare aux Songes, squelette de Port-Louis et mythe du tambalacoque : ce que l'on sait du dodo de Maurice.
Le dodo (Raphus cucullatus) était un grand oiseau terrestre, incapable de voler, qui vivait uniquement à Maurice. Des marins néerlandais le mentionnent pour la première fois en 1598 ; le dernier témoignage confirmé date de 1662. Il a probablement survécu un peu plus longtemps, mais moins d’un siècle après sa découverte, il avait disparu. Il n’en reste ni plumes ni peau : des os, une tête séchée conservée en Europe, des dessins du XVIIe siècle, et un squelette exposé à Port-Louis.
Qu’était vraiment le dodo ?
C’était un pigeon géant. Les analyses génétiques le rapprochent du pigeon de Nicobar, son plus proche parent vivant, et du solitaire de Rodrigues, disparu lui aussi. Sur une île sans prédateur terrestre, ses ancêtres avaient perdu l’usage du vol et se nourrissaient au sol.
D’après les os retrouvés, il mesurait environ 63 à 75 cm de haut. Son poids est moins sûr : les estimations vont d’environ 10,6 à 17,5 kg pour un oiseau sauvage, selon les études. L’image d’un animal obèse et balourd vient de dessins réalisés en Europe, probablement d’après des oiseaux suralimentés en captivité. Aujourd’hui, on le considère plutôt comme bien adapté à son milieu.
Son aspect de son vivant reste d’ailleurs incertain. Les représentations du XVIIe siècle diffèrent beaucoup entre elles, et seules quelques-unes ont été faites d’après un oiseau vivant.
Quand le dodo a-t-il disparu ?
Quatre repères reviennent, et il vaut mieux les distinguer :
- 1598 : première mention écrite, dans le journal de bord d’une expédition néerlandaise ;
- 1662 : dernière observation confirmée, celle du marin Volkert Evertsz, naufragé, qui décrit des oiseaux capturés sur un îlot au large de Maurice ;
- 1681 : année que donne la page « Explore Mauritius » du gouvernement de Maurice, qui écrit que le dernier dodo a été tué cette année-là ;
- 1690 : date d’extinction estimée par une étude statistique publiée dans la revue Nature en 2003 (David Roberts et Andrew Solow).
Cette étude souligne que le dodo était déjà très rare en 1662, que l’observation précédente remontait à 1638, et qu’un esclave en fuite affirmait en avoir vu un en 1674. Les dates de 1681 et de 1690 sont donc des estimations, pas des faits datés. En pratique, « vers 1662 » est la date la plus souvent retenue ; « avant la fin du XVIIe siècle » est la formulation prudente.
Pourquoi a-t-il disparu ?
Plusieurs causes se sont additionnées. Les marins le chassaient. Les rats, les porcs et les singes arrivés avec les navires mangeaient les œufs, pondus au sol. La forêt qui l’abritait reculait, avec l’installation des colons. Des récits rapportent aussi que des esclaves en fuite, réfugiés dans les grottes des montagnes, continuaient d’en chasser pour survivre.
Son extinction est passée presque inaperçue sur le moment. Elle est ensuite devenue l’un des premiers exemples connus de disparition d’une espèce provoquée par l’homme. Pour replacer cette période dans l’histoire de l’île, voir notre article sur l’histoire de l’île Maurice.
Mare aux Songes : le marais où l’on a retrouvé ses os
La plupart des restes de dodo viennent d’un même endroit, un marais du sud-est de l’île, le Mare aux Songes. Au XIXe siècle, l’instituteur britannique George Clark y mène des fouilles qui fournissent des os à de nombreux musées d’Europe. Avec les méthodes de l’époque, les squelettes présentés dans le monde sont presque tous des assemblages d’os de plusieurs oiseaux. Maurice a depuis interdit l’exportation et le retrait des ossements de dodo.
Des fouilles plus récentes, menées par une équipe néerlandaise et mauricienne, ont mis au jour des centaines d’os de dodo, dont un bec complet et une patte articulée appartenant à un même oiseau, ainsi que des restes d’autres espèces disparues : un grand perroquet, un scinque géant, des chauves-souris frugivores. Aucun jeune dodo n’a été retrouvé dans le marais, ce qui laisse plusieurs explications ouvertes sur sa reproduction.
Voir un dodo à Maurice : le musée d’histoire naturelle de Port-Louis
Le Natural History Museum occupe le rez-de-chaussée du Mauritius Institute, un bâtiment de Port-Louis construit en 1880. C’est le plus ancien musée du pays. Il comprend une galerie consacrée au dodo, avec des objets où l’oiseau figure (timbres, billets, boîtes d’allumettes) et un court film sur les fouilles du Mare aux Songes.
La pièce la plus connue est un squelette articulé, trouvé par Louis Étienne Thirioux, un naturaliste amateur de Port-Louis, au début du XXe siècle. Il n’a pas été déterré au Mare aux Songes : les sources le situent dans une cachette ou une grotte près de Port-Louis, et divergent sur l’année exacte de la découverte. Les annuaires touristiques donnent aussi des horaires différents ; confirmez l’ouverture et l’état de l’exposition auprès du Mauritius Museums Council avant de vous déplacer.
Pour voir ce que le dodo ne verra plus jamais, la flore et les oiseaux endémiques qui ont survécu se découvrent ailleurs : où observer les oiseaux endémiques, la forêt d’Ébène à Chamarel et le jardin de Pamplemousses.
Le dodo et le tambalacoque : un mythe à nuancer
Une histoire circule beaucoup : le tambalacoque, arbre endémique appelé aussi « arbre dodo », serait en train de disparaître parce que ses graines avaient besoin de traverser le tube digestif du dodo pour germer. Elle vient de l’écologue Stanley Temple, qui avançait en 1973 qu’il ne restait que 13 arbres âgés d’environ 300 ans.
Elle est contestée. En 1991, Wendy Strahm et Anthony Cheke ont rappelé que l’arbre a continué de germer depuis la disparition du dodo et qu’il en reste plusieurs centaines, pas 13. D’autres animaux disparus, comme les tortues géantes du genre Cylindraspis, ont pu aussi disperser ses graines. On peut dire que le dodo a sans doute joué un rôle dans la forêt de Maurice ; on ne peut pas dire qu’il était indispensable à cet arbre.
Un symbole resté dans la vie mauricienne
Le dodo figure parmi les deux supports des armoiries de Maurice, face à un cerf. On le retrouve sur les timbres, les billets et chez des clubs sportifs et des entreprises. Il a aussi donné son nom au Dodo Trail, une course à pied de l’île. Hors de Maurice, il doit beaucoup de sa célébrité à Alice au pays des merveilles.
Sources et vérifications
- Gouvernement de Maurice : page « Explore Mauritius » (dodo, extinction, causes)
- Nature : D. L. Roberts et A. R. Solow, « When did the dodo become extinct? », 2003 (résumé)
- Outlook Traveller : reportage sur les fouilles du Mare aux Songes
- Smithsonian Magazine : squelettes composites et fouilles de George Clark
- Wikipédia (anglais) : synthèse sur le dodo, dimensions, tambalacoque, Thirioux
- Wikipédia (anglais) : Natural History Museum de Port-Louis, qui cite le Mauritius Museums Council
- Artessere : description des galeries du musée
- WorldAtlas : symboles nationaux de Maurice
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